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Pesticides et cancer du sein : pourquoi les chercheurs parlent de signaux qui s’accumulent

Octobre Rose s’achève, et avec lui un mois de mobilisation centré sur le dépistage du cancer du sein. Mais une question reste largement absente des campagnes : celle des causes environnementales. La Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) a choisi de la poser frontalement, dans un entretien publié fin octobre avec le professeur Xavier Coumoul, biochimiste et toxicologue à l’université Paris Cité et directeur de l’unité de recherche HEALTHFEX de l’Inserm. Son constat : sur le lien entre pesticides et cancer du sein, « les signaux s’accumulent ».

Plus de 61 000 nouveaux cas par an en France #

Le cancer du sein touche plus de 61 000 nouvelles femmes chaque année en France, rappelle l’entretien relayé par Presse Agence, et le taux d’incidence français figure parmi les plus élevés au monde. Si le dépistage a fait reculer la mortalité, il n’intervient qu’une fois la maladie installée. La prévention primaire — agir sur les expositions avant que la maladie n’apparaisse — reste, selon le chercheur, le « parent pauvre » de la communication publique.

Pourquoi ce silence relatif ? Xavier Coumoul avance une explication simple : l’invisibilité. « On ne voit pas les pesticides, les PFAS, les microplastiques… C’est moins marquant médiatiquement pour le grand public qu’une canicule ou une sécheresse », analyse-t-il. Il pointe aussi « la fabrique du doute » : la prudence inhérente au travail scientifique, parfois instrumentalisée pour retarder l’action publique.

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Ce que la recherche a déjà établi #

Il n’existe pas de preuve d’un lien global entre l’ensemble des pesticides et le cancer du sein — aucun chercheur sérieux ne l’affirme. En revanche, plusieurs travaux convergent et renforcent la plausibilité de cette connexion.

L’expertise collective de l’Inserm

Menée en 2013 puis mise à jour en 2021, l’expertise collective de l’Inserm sur pesticides et santé a documenté l’augmentation des risques de plusieurs pathologies liée à certaines substances : maladies neurodégénératives, cancers de la prostate, troubles de la fertilité. Un socle scientifique qui a notamment nourri les débats sur la reconnaissance de maladies professionnelles agricoles.

L’étude californienne sur le DDT : un risque transgénérationnel

Parmi les travaux les plus marquants cités par le toxicologue figure une vaste étude américaine menée en Californie par la professeure Cohn. Elle a montré que des femmes exposées in utero au DDT — un insecticide interdit depuis des décennies mais très persistant dans l’environnement — présentaient un risque quadruplé de développer un cancer du sein à l’âge adulte. L’exposition de la mère pendant la grossesse se répercute donc des décennies plus tard sur la fille.

Des résidus retrouvés dans les tissus mammaires

Dès 2004, une étude publiée dans The Lancet avait identifié des résidus de pesticides dans les tissus adipeux mammaires de toutes les patientes observées, avec des concentrations plus élevées dans les seins malades. Un indice fort du second mécanisme étudié par les chercheurs : la capacité de certaines molécules à s’accumuler dans les tissus graisseux, dont le sein est largement constitué.

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Perturbation hormonale et effet cocktail #

Le premier mécanisme suspecté est l’effet perturbateur endocrinien de nombreuses molécules phytosanitaires. « Certains pesticides sont connus pour perturber la signalisation hormonale ou modifier la prolifération cellulaire », rappelle Xavier Coumoul. Or le cancer du sein est, dans la majorité des cas, un cancer hormono-dépendant : toute substance qui mime ou dérègle les œstrogènes mérite une attention particulière.

S’y ajoutent deux difficultés qui compliquent la recherche. D’abord les fenêtres de vulnérabilité : une même exposition n’a pas le même effet selon qu’elle survient in utero, à la puberté ou à l’âge adulte. Ensuite l’effet cocktail : nous ne sommes jamais exposés à une molécule isolée, mais à des mélanges dont les interactions restent mal connues. L’absence de certitude absolue, insiste le chercheur, ne signifie pas absence de risque — elle appelle au contraire à la précaution.

Ce que cela change au quotidien #

Pour la Fondation pour la Nature et l’Homme, qui porte cet entretien, la conclusion est politique autant que sanitaire : la lutte contre le cancer du sein ne peut pas reposer uniquement sur le dépistage, aussi essentiel soit-il. Réduire les expositions aux substances suspectes — dans l’alimentation, l’eau, l’air et les usages domestiques — relève de la prévention primaire, et donc de choix collectifs sur l’autorisation et l’encadrement des molécules.

À l’échelle individuelle, sans sombrer dans l’anxiété, quelques leviers restent cohérents avec l’état de la science : privilégier quand c’est possible une alimentation moins exposée aux résidus, limiter les usages domestiques de produits phytosanitaires, et se méfier des discours qui promettent soit le risque zéro, soit l’innocuité totale. Entre les deux, la recherche avance — et ses signaux, désormais, s’accumulent assez pour qu’on les regarde en face.

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