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Cadmium dans les engrais : au Sénat, les écologistes retirent leur texte, l’arrêté du gouvernement prend la main

Le texte devait être l’un des temps forts de la journée réservée au groupe écologiste du Sénat, le 22 octobre. Il n’a finalement pas été défendu. La proposition de loi qui visait à faire baisser la teneur en cadmium des engrais phosphatés, adoptée par les députés au début de l’été, a été retirée par ses promoteurs, qui ont préféré renoncer plutôt que de voir voter une version jugée trop timide. Pour les consommateurs attentifs à ce qu’ils mangent, la question reste entière : qui fixera, et quand, la quantité de ce métal lourd qui finit dans les champs puis dans les assiettes ?

Un métal qui passe du sol à l’assiette #

Le cadmium est présent naturellement dans certains minerais de phosphate. Lorsqu’il est épandu avec les engrais, il s’accumule dans les sols, puis il est absorbé par les cultures : céréales, pommes de terre, légumes. C’est par ce chemin, discret et lent, qu’il rejoint notre alimentation.

L’Anses, l’agence sanitaire française, le résume sans détour sur sa page consacrée à l’exposition au cadmium : « La source principale d’exposition de la population générale au cadmium est l’alimentation et le tabac pour les fumeurs. » Elle rappelle aussi que la substance est « reconnu[e] cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction » et qu’une exposition prolongée entraîne chez l’humain « des atteintes rénales et une fragilité osseuse ».

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Dès 2019, l’agence recommandait d’agir à la source, en limitant ce que les matières fertilisantes apportent aux sols : un flux qui « n’excède pas » 2 grammes de cadmium par hectare et par an, et une concentration dans les engrais « inférieure à 20 milligrammes de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique ».

Ce que prévoyait le texte des députés #

La proposition de loi, déposée à l’Assemblée nationale au printemps et adoptée en séance le 3 juin 2026, reprenait cet objectif de 20 mg/kg. Elle fixait une trajectoire en deux marches, rapportée par La France Agricole : 40 mg/kg dès 2027, puis 20 mg/kg à partir de 2030, contre un plafond actuel de 90 mg/kg.

Le groupe écologiste du Sénat, qui portait le texte dans la chambre haute, parlait d’une « véritable bombe sanitaire » et d’une « urgence sanitaire avérée ».

En commission, un calendrier repoussé de plusieurs années #

Le 14 octobre, la commission des affaires économiques du Sénat a adopté sa propre version. Les seuils restent les mêmes, mais le calendrier glisse nettement. Selon le texte de la commission publié sur le site du Sénat, le plafond de 40 mg/kg n’entrerait en vigueur que le 1er janvier 2029, et celui de 20 mg/kg le 1er janvier 2034.

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Cette version ajoute aussi une clause de rendez-vous : au plus tard le 1er janvier 2031, les ministères de l’agriculture, de l’économie, de la santé et de l’environnement devraient remettre au Parlement un rapport sur l’impact de cette baisse, en tenant compte notamment de la sécurité d’approvisionnement en matières fertilisantes. C’est l’argument des filières agricoles : les phosphates pauvres en cadmium sont moins nombreux et souvent plus chers.

Le 22 octobre, les écologistes renoncent #

Face à ce report, les auteurs du texte ont fait un choix tactique. Comme l’a rapporté le média spécialisé Contexte, les écologistes ont renoncé à présenter leur proposition en séance pour éviter un vote « moins-disant ». Faire adopter la version de la commission aurait, de leur point de vue, gravé dans la loi un calendrier plus lent que celui voté par les députés.

Le texte n’est pas mort pour autant : la page du dossier législatif du Sénat le fait toujours apparaître au stade du texte de commission, sans date de séance publique. Mais aucune échéance n’est désormais fixée par le Parlement.

La main passe à l’arrêté du gouvernement #

En attendant, c’est la voie réglementaire qui avance. Le gouvernement a présenté début octobre un projet d’arrêté fixant 60 mg/kg pour 2027, puis 20 mg/kg pour 2030, d’après La France Agricole. Ce projet est soumis à une consultation publique ouverte jusqu’au 9 novembre 2026 inclus.

Paradoxalement, la cible finale de l’arrêté (20 mg/kg en 2030) arrive plus tôt que celle de la version sénatoriale (2034). La première marche, en revanche, est moins exigeante que celle des députés : 60 mg/kg au lieu de 40. Les écologistes, eux, rappellent qu’un arrêté n’a pas valeur de loi et peut être modifié ou abrogé plus facilement par un futur gouvernement.

Ce que cela change pour vous #

À court terme, rien dans l’assiette ne bougera du jour au lendemain : le cadmium déjà présent dans les sols y reste longtemps, et toute baisse dans les engrais produit ses effets sur des années. Le débat porte donc sur la vitesse à laquelle on ferme le robinet.

Pour qui veut suivre ou peser sur la décision, la consultation publique sur le projet d’arrêté est l’étape concrète des prochains jours : chacun peut y déposer un avis jusqu’au 9 novembre. Côté prévention individuelle, les repères de l’Anses restent les mêmes : l’alimentation est la première source d’exposition, le tabac la seconde pour les fumeurs. Pour toute question sur une exposition personnelle, le bon interlocuteur reste le médecin traitant.

Pour une mutuelle tournée vers la santé environnementale, ce dossier rappelle surtout une évidence : la prévention commence bien avant le cabinet médical, dès la façon dont on cultive ce que l’on mange.

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