À Grézieu-la-Varenne, dans l’ouest lyonnais, une ancienne blanchisserie continue de polluer le sous-sol de tout un quartier. Le 12 octobre 2026, la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes a mis à jour la foire aux questions qu’elle consacre à ce dossier. On y apprend qu’une nouvelle série de prélèvements commence chez les riverains ce trimestre, qu’un immeuble entier a dû être évacué cette année et que l’État a déjà engagé environ un million d’euros. Ce que disent les services de l’État et ce que cela change pour la santé des habitants.
Plan de l'article
Une pollution héritée de l’ancien site DASI-Mercier #
La source de la pollution est l’ancien site industriel exploité par les sociétés DASI et Mercier, aujourd’hui disparues. Selon la foire aux questions de la DREAL, les polluants ne sont pas les mêmes partout. Sur les zones A et B, on trouve « majoritairement les solvants chlorés et localement les hydrocarbures », liés à la blanchisserie et à une ancienne chaufferie. Sur la zone C, d’anciennes activités de récupération de déchets et de métaux ont laissé des hydrocarbures, des solvants chlorés et des métaux.
Les solvants chlorés en cause sont surtout le trichloroéthylène (TCE) et le tétrachloroéthylène (PCE), longtemps utilisés pour le nettoyage à sec. Ils sont volatils : depuis le sol et la nappe, ils peuvent remonter sous forme de gaz et s’accumuler dans l’air intérieur des maisons. La DREAL précise que la pollution a migré surtout vers le sud et l’est, c’est-à-dire en aval de l’écoulement des eaux souterraines.
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Un secteur d’information sur les sols autour du site #
Depuis un arrêté préfectoral du 20 février 2024, le périmètre étudié hors du site est classé en secteur d’information sur les sols (SIS). La liste des parcelles et la carte figurent sur la fiche officielle du site sur Géorisques. Ce classement a deux conséquences concrètes. Le vendeur ou le bailleur doit en informer l’acquéreur ou le locataire. Et tout projet soumis à permis de construire ou d’aménager doit s’appuyer sur une étude de sols réalisée par un bureau d’études spécialisé.
Pour savoir si une adresse est concernée, la DREAL renvoie vers l’outil ERRIAL de Géorisques, qui permet une recherche par adresse ou par parcelle. Le périmètre pourra être modifié après les études en cours, dont les conclusions sont attendues à l’été 2027.
Deux campagnes de mesures chez les habitants #
C’est la principale actualité du dossier. Pour mesurer l’impact de la pollution hors du site et vérifier que les habitants peuvent continuer à vivre normalement chez eux, l’État lance une interprétation de l’état des milieux (IEM). Elle se fera en deux campagnes : la première au dernier trimestre 2026, la seconde au premier trimestre 2027.
Selon les logements, les équipes pourront prélever l’air intérieur, l’eau du robinet et les gaz du sol. Si la maison a un puits, son eau sera aussi analysée. La zone étudiée compte plus de 500 maisons, et toutes ne seront donc pas analysées. Les parcelles retenues le seront grâce au questionnaire distribué lors de l’enquête de quartier, selon leur emplacement, leur usage et les premiers résultats. Si une pollution apparaît dans un secteur, les maisons voisines non encore analysées le seront lors de la campagne suivante.
La première campagne aurait dû avoir lieu en été. Elle est décalée à l’automne pour des raisons pratiques. Selon la DREAL, cela ne change pas l’interprétation des résultats : l’objectif est de comparer une saison encore douce et sèche à une saison froide et humide, pas de chercher les valeurs les plus élevées.
Si vous habitez le quartier
L’utilisation de l’eau des puits est interdite par arrêté municipal. Les riverains qui ont déjà fait analyser le sol, l’air intérieur ou l’eau de leur terrain sont invités à transmettre leurs résultats à la DREAL pour compléter la cartographie de la pollution.
Deux valeurs pour décider d’une évacuation #
La DREAL explique comment l’administration décide de faire quitter un logement. Elle compare l’air intérieur à deux valeurs de référence. La première, la valeur d’action rapide (VAR), impose d’agir vite : par des travaux sur le bâtiment s’ils peuvent être faits à temps, sinon par une évacuation. La seconde, la valeur repère pour la qualité de l’air intérieur (VRAI), est calculée pour une exposition sur toute une vie. Si elle est dépassée, les occupants peuvent rester chez eux, en aérant davantage ou avec des aménagements simples comme une ventilation renforcée.
Les repères ont changé. Après les avis de l’Anses en 2024 puis du Haut Conseil de la santé publique en 2025, les valeurs de référence du PCE ont été abaissées en octobre 2025. L’État a donc dû réévaluer le risque pour tous les occupants et riverains du site.
Un immeuble évacué, trois maisons sous surveillance #
Cette réévaluation a conduit à interdire l’occupation du bâtiment A. Les teneurs en PCE y dépassent la VAR dans plusieurs appartements et dans le local commercial du rez-de-chaussée. Comme les logements communiquent entre eux, tous les occupants ont été évacués, même ceux dont l’air restait sous la VAR. Une étude du bureau AECOM a montré qu’aucune mesure simple ne permettait d’y faire baisser la pollution.
Dans le bâtiment B, deux maisons avaient déjà été évacuées en 2021 et 2022. Dans la première, la DREAL indique avoir mesuré des concentrations de TCE de l’ordre de plusieurs milliers de microgrammes par mètre cube. Trois maisons y sont encore habitées. Leurs occupants sont exposés depuis plusieurs années à des dépassements réguliers de la VRAI, mais pas de la VAR. Une étude de travaux destinés à faire baisser la pollution dans ces logements est prévue d’ici fin 2026. Ces travaux, s’ils sont faisables, seraient réalisés avant la fin du premier semestre 2027, puis leur efficacité sera contrôlée. L’Agence régionale de santé continuera de mesurer régulièrement l’air intérieur. Si l’exposition reste trop élevée, une évacuation pourra être envisagée.
Qui paie la facture ? #
En principe, les études, les relogements et la dépollution sont à la charge des ayants droit des sociétés DASI et Mercier. En cas d’urgence, l’État avance les sommes puis cherche à se faire rembourser. Selon la DREAL, l’État a engagé environ 1 million d’euros à la date d’octobre 2026, dont 738 000 euros pris en charge par les ayants droit. Les études avaient été suspendues en 2023 par des décisions de justice. Elles ont repris après des décisions du Conseil d’État en juin 2025. Les solutions de dépollution et leur durée ne sont pas encore connues.
La page du dossier sur le site de la DREAL rassemble les études et les comptes rendus. Les résultats de la première campagne de mesures diront si la pollution s’étend au-delà des zones déjà connues.

