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Désinfectants et antibiotiques : l’Anses met en évidence des mécanismes de résistance communs

À force de désinfecter, on peut aussi rendre des bactéries plus résistantes aux antibiotiques. C’est l’hypothèse qu’une équipe de l’Anses a testée dans des conditions proches du terrain, et ses résultats vont dans ce sens. L’agence a présenté ces travaux le 28 octobre 2026 : le nettoyage fréquent des surfaces avec certains désinfectants « pourrait contribuer, dans certaines conditions, à sélectionner des bactéries résistantes aux antibiotiques ».

Le sujet dépasse les laboratoires. Il interroge notre rapport à l’hygiène, et plus particulièrement la course au « zéro microbe » qui s’est installée dans de nombreux lieux de travail comme dans certains foyers.

Ce que les chercheurs ont fait #

L’étude a été coordonnée par Arnaud Bridier, de l’unité Antibiotiques, biocides, résidus et résistances du laboratoire de l’Anses à Fougères (Ille-et-Vilaine). Elle s’inscrit dans la thèse de Raphaël Charron, co-encadrée par l’Anses et l’Inrae. Son originalité tient au fait qu’elle travaille sur des biofilms et non sur des bactéries isolées en tube.

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Un biofilm est une communauté de micro-organismes organisée en plusieurs couches. Les bactéries y sécrètent un mucus qui les relie entre elles et les protège de l’extérieur. C’est sous cette forme qu’elles vivent le plus souvent sur une surface, que ce soit un plan de travail, une canalisation ou un équipement. Ces structures résistent mieux aux produits de nettoyage que les bactéries seules.

Les scientifiques ont exposé des biofilms d’Escherichia coli tous les jours pendant un mois à quatre substances actives de désinfectants couramment utilisés dans les ateliers de transformation alimentaire. Ils ont ensuite testé la résistance des bactéries survivantes à la rifampicine, un antibiotique souvent utilisé comme modèle dans ce type d’expérience.

Deux désinfectants sur quatre en cause #

Les résultats ont été publiés en mai 2026 dans la revue npj Antimicrobials and Resistance. Après exposition à deux des quatre biocides, les bactéries résistaient plus souvent à l’antibiotique que celles qui n’avaient reçu que de l’eau. L’effet était le plus marqué avec le TMN (N-(3-aminopropyl)-N-dodecylpropane-1,3-diamine), une substance largement employée pour désinfecter les surfaces.

En séquençant le génome des bactéries exposées au TMN, l’équipe a trouvé chez les variants résistants des mutations dans les gènes qui fabriquent les lipopolysaccharides, des molécules de la membrane bactérienne. Ces mutations renforçaient la membrane et augmentaient la production de mucus. Les bactéries étaient ainsi mieux protégées, chacune individuellement et le biofilm dans son ensemble.

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Une résistance parfois temporaire

Une étude précédente de la même équipe, publiée en 2023, portait sur un autre biocide très utilisé dans l’agroalimentaire, le polyhexaméthylène biguanide. Une exposition répétée augmentait la résistance à un autre antibiotique, la gentamicine. Mais il ne semblait pas y avoir de sélection génétique : les bactéries cessaient de résister une fois l’exposition terminée. Il s’agissait plutôt d’adaptations temporaires, avec une réorganisation au sein du biofilm et une modification du mucus produit.

Le mécanisme dépend donc de la substance. Dans un cas, la résistance est inscrite dans les gènes et peut persister. Dans l’autre, c’est une adaptation passagère.

Industrie, hôpital… et maison ? #

Les chercheurs ciblent d’abord les milieux où l’on désinfecte le plus. « Le risque d’apparition de résistance est potentiellement important dans l’industrie agroalimentaire et le milieu hospitalier, où le nettoyage et la désinfection des surfaces sont très fréquents », commente Arnaud Bridier dans la présentation de l’Anses.

L’étude ne porte pas sur l’usage domestique, et il serait abusif d’en tirer des conclusions pour une cuisine familiale. Elle nourrit en revanche une réflexion plus large, souvent portée par les défenseurs d’une santé plus sobre : un désinfectant n’est pas un produit neutre. Il répond à un besoin réel quand le risque infectieux est là. Utilisé par réflexe, il expose les micro-organismes à une pression de sélection sans bénéfice évident.

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Pour la maison, l’Anses rappelle que l’hygiène en cuisine repose d’abord sur des gestes simples : se laver les mains, nettoyer les surfaces et bien séparer les aliments crus et cuits. Le nettoyage, qui retire les salissures, ne se confond pas avec la désinfection, qui vise à tuer les micro-organismes.

Un enjeu de santé publique #

Pour l’Anses, la résistance aux antibiotiques est « un problème majeur de santé publique ». Le mauvais usage des antibiotiques en reste la cause la plus connue. Ces travaux, menés dans le cadre du projet BAoBAb financé par l’Agence nationale de la recherche de 2022 à 2025, montrent que d’autres expositions comptent aussi. Leur intérêt est d’avoir observé ce phénomène dans des conditions plus proches de la réalité que les études précédentes, peu nombreuses sur ce point selon l’agence.

Questions fréquentes #

Faut-il arrêter de désinfecter ?

Non. L’étude ne remet pas en cause la désinfection quand elle est nécessaire, notamment à l’hôpital ou dans l’agroalimentaire. Elle invite à mieux comprendre ses effets lorsqu’elle est répétée très souvent.

Qu’est-ce qu’un biocide ?

C’est une substance ou un produit destiné à détruire, repousser ou rendre inoffensifs des organismes nuisibles. Les désinfectants de surface en font partie.

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Ces résultats concernent-ils les produits ménagers ?

Les substances testées sont des désinfectants utilisés dans les ateliers de transformation alimentaire. L’étude ne porte pas sur les usages domestiques.

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